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samedi 17 novembre 2012

Il faut mourir avec son temps

Il faut mourir avec son temps

Le mariage gay n'est pas scandaleux, il est navrant. Il ne s'agit pas de pousser des cris d'orfraie mais de constater le mouvement continuel de l'homme vers le parfait animal domestique. Ce que l'on appelle Progrès c'est ce qui veut que toute barrière, tout sacrifice, toute souffrance soit considérée comme un scandale.
Nos institutions ne pourchassent pas les homosexuels. Personne n'interdit aux homosexuels de s'aimer, chez eux, dans la rue, partout. Mais ça ne suffit plus aujourd'hui. Le gay milite, il réclame le droit à tous les droits. Il fait un choix de vie différent, et il exige que ce choix ne lui coûte strictement rien. On me dira qu'il ne s'agit pas d'un choix, que l'homosexuel naît homosexuel. Admettons. D'aucuns disent également que l'homme est polygame à la naissance, qu'il n'est pas fait pour n'aimer qu'une seule femme, pour ne désirer qu'une seule femme. Et pourtant le mariage le contraint à le faire. Contraindre c'est même le rôle du mariage, à l'origine. S'il aime une femme, s'il veut faire des enfants avec elle, il consent à ne plus jamais fréquenter d'autres femmes. Cela constitue son sacrifice. Tout engagement implique un sacrifice, c'est cette idée de fond que cette époque ne supporte plus. Oui, deux hommes ne peuvent pas donner vie à un enfant, c'est impossible, deux femmes non plus. C'est un fait, c'est la nature. On peut décider de se détourner de celle-ci, d'assumer pleinement ses besoins, mais il faut en assumer les conséquences, et faire une croix sur l'envie d'élever un enfant. Assumer, c'est ce que tout le monde fait au quotidien, à son échelle, avec sa propre histoire.
La question du mariage gay est d'ailleurs très similaire à celle de l'euthanasie. Toute personne qui souffre le martyre peut mourir s'il le souhaite. Il peut demander à un proche - voire à un médecin qu'il commence à connaitre intimement - de l'y aider, de l'y accompagner, cela se passe aujourd'hui, en réalité tout le monde le sait. Mais cela, encore une fois, ne suffit plus. Le militant pour l'euthanasie veut ne veut pas que l'euthanasie soit possible, puisqu'elle l'est déjà dans les faits, il veut qu'elle soit reconnue par l'Etat, tout comme le militant pour le mariage gay a besoin de cette reconnaissance des institutions. C'est ce besoin qui révèle la servilité volontaire du Citoyen. Il exige que le moindre recoin des passions humaines soit légiféré, voté, exposé, tamponné par un préfet. Il dénonce souvent "l'hypocrisie" de nos sociétés. Mais enfin, considérant que l'homme est à la base un animal sauvage, c'est précisément l'hypocrisie qui est le fondement de toute civilisation. L'islamisme lui n'est pas hypocrite, certes, il écrit tout noir sur blanc, il applique tout froidement. "Le désir masculin existe ? Bien, alors plus d’ambiguïté,  plus de danger : cachons nos femmes de la tête aux pieds jusqu'à masquer leur visage, leur identité".
Le danger, voilà ce que fuit l'animal domestique, ce gros chat qui exige que son maître l'Etat lui achète des croquettes parce qu'il est inadmissible de se risquer à aller chasser sa proie dans le jardin, voilà ce qu'il ne veut plus accepter. La sécurité absolue, le risque zéro, la vie régentée de bout en bout, voilà l'aspiration de l'homme occidental contemporain. Et voilà pourquoi, entre parenthèses, il ne voit aucune objection fondamentale à l'installation chez lui de la religion mahométane. L'annihilation de toute contradiction, de toute contrariété même, voilà le projet de ceux qui veulent faire oublier que la liberté a toujours un prix. Mais c'est précisément ce prix qui participe aussi - aussi et non seulement - de la beauté de l'humanité, de ses tragédies. Les dernières scènes respectives de Roméo & Juliette et Thelma & Louise sont là pour nous le rappeler.
Alors, on peut aussi considérer quelques aspects plus anecdotiques : un gay qui voulait réellement sortir du chemin traditionnel chrétien, c'est-à-dire qui ne voulait pas se marier, qui a une autre idée de l'amour, était bien arrangé par l'interdiction de cette union aux homosexuels. A présent qu'il a le choix, il n'aura plus le choix : il devra justifier son refus à son conjoint, et peut-être provoquer la rupture de son couple. Ils s'engueuleront de la même façon que les couples hétéros, et rompront pour les mêmes raisons. Cette course aux droits pour tous détruit toute différence, au sens propre du terme. Autre aspect un peu moins anecdotique : comment refuser dorénavant les revendications du mariage polygame ? Et sans se cantonner à la question musulmane, comment refuser tout simplement à trois, quatre, cinq personnes de vouloir se marier et d'avoir des enfants si elles s'aiment ? Pourquoi le couple serait-il un repère intangible quand le genre ne l'est plus ? Balayer toute norme c'est sombrer vers des lendemains qui ne chantent pas vraiment, et on risque d'en entendre parler très bientôt.
Mais en définitive l'essentiel n'est pas là. Il réside dans cette chute constante vers un monde toujours plus égal, plus horizontal, c'est-à-dire plus plat. De nos jours l'esclavage ne se pratique plus à coups de fouet mais dans la douce anesthésie de la chanson du Progrès. Le mariage gay n'est qu'un symptôme  Ce vers quoi nous tendons, en annihilant tout obstacle de la vie d'un homme, c'est vers l'annihilation de l'homme lui-même. Nous posons les bases d'une espèce humaine effrayée par l'aventure et ce qu'elle peut impliquer, qui mendie des droits parce qu'elle renonce à la liberté. Une humanité dépourvue de toute haine et donc de tout amour, dépourvue de tout clivage, de toute frustration et donc de toute élévation, unie dans la tiédeur et l'unanimité, dépourvue de toute différence et par-dessus tout de toute souffrance. Dépourvue au final de toute existence.

Piqué sur cet excellent site nauséabond

1 commentaire:

2chriss a dit…

Aucun commnentaire ? ....si , le mien : excellente analyse de la mort clinique du cloporte moyen actuel....