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samedi 14 janvier 2012

Les touristes japonais victimes du « Syndrome de Paris »

Chaque année, un grand nombre de touristes japonais sont touchés par un mal bien connu au Japon : « le syndrome de Paris ». L'idéalisation de la capitale entraîne chez ces derniers de grands troubles psychologiques. The Atlantic consacre plusieurs pages sur ce mal de société.


Les Japonais vous le diront, ils aiment la France à la folie. La haute saison touristique s'est achevée cette année pour la première destination touristique au monde et l'heure de compter les victimes s'impose : cet été encore, pas moins d'une vingtaine de touristes nippons ont dû faire un passage par les services psychiatriques de la capitale française. Le diagnostic est sans appel, les touristes ont été une fois de plus atteint par le « syndrome de Paris » .

L'origine et la cause du syndrome
Dans un ouvrage paru en 1991 et écrit par le Docteur Hiroaki Ōta, psychiatre du centre hospitalier Sainte-Anne à Paris. Il y analysait l'énorme fossé entre l’image que se font les Japonais de la France et la réalité. Les magazines japonais consacrés à Paris idéaliseraient trop la capitale. Le docteur Ōta est le premier à avoir ouvert une consultation spécialisée pour les Japonais, et cela depuis 1989. Le comportement et le langage démonstratifs des Français sont parmi les éléments les plus insupportables aux yeux des Japonais. Exprimer ouvertement son point de vue, interrompre son interlocuteur, être en désaccord et le faire savoir sont des attitudes contraires à l’éthique japonaise. Les femmes sont les plus touchées et supportent mal l’attitude trop latine de certains Français. Le syndrome peut aller dans de rares cas jusqu’à l’internement et le rapatriement.

La désillusion amère d'une France qui n'existe plus
Paris a beau être une ville de rêve, ni les quais de Seine, ni les ruelles du Quartier Latin et pas même la tour Eiffel ne lui enlèveront une réalité moins charmante : Paris a beaucoup perdu de sa culture. Là où beaucoup de Japonais auraient vu une boulangerie de quartier ou un joli marché se dresse un KFC ou un Mc Donald's. Les trottoirs sont sales et encombrés, on croise dans le métro pickpockets et sans-abris. Abasourdis par un fossé culturel extrême, et confronté à la pauvreté de la société, les touristes sont pris de troubles psychologiques, assez forts pour en faire basculer certains dans la folie.

L'image d'une capitale romantique et paisible, comme celle d'un conte de fée régulièrement polie par les magazines de mariage, est toujours profondément ancrée dans l'inconscient Japonais. Celle là même qui a fait fantasmer plusieurs générations de romantiques qui aujourd'hui parlent de dégoût en évoquant la capitale française. Face à la légendaire politesse japonaise, la déception est surtout exacerbée par les traits de personnalité des Parisiens : un accueil touristique exécrable, une relative désorganisation, des habitants froids et impolis. Pour eux le choc est très brutal, la culture du respect et de la discrétion laisse place à la franchise et au sarcasme, la rationalité urbaine au désordre. Pour la majorité des patients atteints, les symptômes sont le sentiment de persécution, l'anxiété, les hallucinations ou encore des troubles psychosomatiques.

L'avis d'une Japonaise sur la France dans les colonnes de « The Atlantic »
« Il m'a fallu beaucoup de temps pour réaliser et comprendre ou je me trouvais. Par là j'entends que, s'il n'y avait pas ces monuments historiques et ces lieux communs si célèbres, je n'aurais jamais pensé me trouver en Europe .

  L'image que l'on se fait des Français est erroné sur l'aspect culturel d'un pays qui n'a plus rien à voir avec ses racines à cause de son évolution sociale et ethnique.

J'en veux beaucoup à la presse japonaise qui n'a de cesse de mettre sur un piédestal une ville qui ne ressemble pas à ces gens charmants dont on m'avait vanté les louanges et le romantisme, d'ailleurs il n'y a rien de romantique à Paris, et on ne sent aucune fierté dans le regard des habitants lorsqu'ils parlent de leur pays. Mes propos sont amers, oui, je le conçois. Mais ils sont à la hauteur de ma déception, de l'argent dépensé pour le rêve de toute une vie dans un voyage dont je ne veux garder aucun souvenir. »

Yuriko.M 27 ans, employée de banque

Eriko Thibierge-Nasu, psychanalyste explique que « la revendication et la subjectivité sont vécues comme des agressions par les Japonais. Extérioriser un avis, dire ouvertement « je ne suis pas d’accord », c’est quelque chose qu’ils ne comprennent pas ». 
Philippe Adam, auteur du Syndrome de Paris, affirme qu’on « rend assez mal aux Japonais l’affection qu’ils portent pour la France ». Sa nouvelle a fait l’objet d’une adaptation au cinéma par la réalisatrice japonaise Saé Shimaï en 2008. En 2011, vingt personnes auraient été concernées par ce syndrome, la plupart japonaises ; six ont dû être rapatriées.

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