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samedi 6 août 2011

La justice allemande dédommage un tueur d’enfant

L’Est Républicain nous apprend que la justice allemande a accordé jeudi 3.000 euros de dédommagements à un tueur d’enfant parce qu’un policier l’avait menacé pour lui faire avouer où était sa victime, suscitant une vague d’indignation dans le pays.

Magnus Gäfgen avait été condamné à la prison à vie en juillet 2003 pour avoir enlevé puis tué Jakob von Metler, âgé alors de 11 ans, fils d’un riche banquier dont il exigeait une rançon d’un million d’euros.
La rançon avait été déposée à un arrêt de tramway à Francfort, ce qui avait permis aux policiers de filer le suspect et de l’arrêter rapidement.
Espérant pouvoir retrouver l’enfant encore en vie, deux policiers qui avaient interrogé Magnus Gäfgen durant sa garde à vue l’avaient menacé de « vives souffrances » s’il ne révélait pas où se trouvait l’enfant. Le suspect avait alors avoué où il avait caché le corps.
M. Gäfgen, actuellement âgé de 36 ans, a droit à 3.000 euros plus intérêts, car les policiers « ont gravement porté atteinte à la dignité humaine » lors d’un interrogatoire en 2002, a déclaré le juge du tribunal de grande instance à Francfort, Christoph Hefter.
La façon de procéder des enquêteurs ne peut pas être compensée de façon satisfaisante autrement que par le paiement de dédommagements, a-t-il ajouté, estimant que les deux policiers n’avaient pas épuisé tous les moyens pour faire parler M. Gäfgen.
Ce dernier se dit aujourd’hui encore traumatisé par sa garde à vue qu’il considère comme une forme de torture et réclamait 10.000 euros de dédommagements.
Le tribunal a rejeté la notion de torture et estimé que le plaignant n’avait pas prouvé que ses troubles psychiques résultaient de son interrogatoire.
Les deux policiers qui l’avaient interrogé s’étaient vus infligés en 2004 des amendes avec sursis.

En juin 2010, l’Allemagne avait été condamnée dans cette affaire par la Grande chambre de la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg pour « traitement inhumain », en vertu de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’Homme).

Politiques, association de victimes, syndicat de policiers se sont insurgés contre le jugement de Francfort.
« Je regrette beaucoup cette décision. Le jugement est un coup porté au visage des parents et de la famille de la victime », s’est emporté le président de la commission parlementaire chargée de l’Intérieur, le conservateur Wolfgang Bosbach.
« Chaque centime versé est de trop. C’est un jugement que les citoyens ne peuvent pas comprendre et ne vont pas comprendre », a déclaré le porte-parole de l’Association de victimes « Anneau blanc », Helmut Rüster.
« Le jugement fait passer au second plan un acte à proprement parler monstrueux, le meurtre d’un enfant. Par sa décision, la justice a cédé aux exigences du criminel qui se présente comme une victime », s’est révolté le syndicat des policiers allemands (DPolG).

En revanche, l’avocat de Gäfgen, Michael Heuchemer, s’est félicité du verdict, estimant qu’il s’agissait d’un « signal important pour les droits de l’Homme », donné à la suite de la Cour européenne à Strasbourg.

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